Allons, les Morvandiaux,
Chantons la Morvandelle !
Chantons nos claires eaux
Et la forêt si belle,
La truite aux bonds légers dans les roseaux fleuris
Et notre bois flottant qui vogue vers Paris.
Il souffle un âpre vent
Parmi nos solitudes ;
On dit que le Morvan
Est un pays bien rude ;
Mais s'il est pauvre et fier, il nous plaît mieux ainsi,
Et qui ne l'aime pas n'est certes point d'ici.
On veut la liberté
Dans nos montagnes noires ;
Nos pères ont lutté
Pour elle et non sans gloire ;
Rêveurs de coups d'État, César de quatre sous,
Les braves Morvandiaux se moquent bien de vous.
Jadis - on nous l'a dit -
Surgirent nos ancêtres
Brisant le joug maudit
De leurs avides maîtres ;
Ils firent bien danser les moines, leurs seigneurs,
Repus de leurs misères et gras de leurs sueurs.
Pourtant nous subissons
Un reste de servage.
Pourquoi ces nourrissons
Privés du cher breuvage ?
Gardons, ô mes amis, nos femmes auprès de nous :
Nos filles et nos fils ont droit à leurs nounous !
Allons, les Morvandiaux,
Chantons la Morvandelle,
Les bois, les prés, les eaux,
Aimés d'un cœur fidèle,
Nos bûches qui s'en vont, Paris s'en chauffera,
Nos gars et leurs mamans, Paris s'en passera !
La Morvandelle - 1903 - par Maurice Bouchor.
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mardi 7 juin 2011
samedi 29 janvier 2011
Le culte du courage.
« Nous étions élevés dans le culte du courage, de l'endurance quotidienne, silencieuse. Pas la moindre nervosité dans notre éducation. Nos parents étaient de nerfs solides. Je ne les ai jamais vus abattus, découragés devant l'épreuve, la tâche trop lourde. Il arrivait à notre mère d'essuyer une larme du coin de son tablier. Sa calme énergie rebondissait aussitôt sous le coup d'un ressort merveilleux, celui d'une foi simple, vivante, en la Providence qui n'abandonne jamais. Oh ! le courage de ces anciens ! Quand je ressuscite en ma mémoire ces jours de jadis, je me demande encore par quel miracle nos parents parvenaient à joindre les deux bouts. Quels muscles solides, physiques et moraux, il leur fallait pour résister à leur vie harassante ! Debout à cinq heures du matin, ils trimaient tout le jour, et tard dans la soirée, presque jamais sans la moindre détente.
Notre père n'était pas seulement un agriculteur ; c'était aussi un artisan. Il travaillait le bois, le cuir, le fer. Rien des instruments de la ferme ne se fabriquait ailleurs que dans l'atelier familial. Notre mère boulangeait, cousait, tricotait, tissait, blanchissait. Elle faisait tous nos habits, en tissait au métier une bonne part ; elle trouvait même le temps de tisser de la catalogne pour les autres, pour arrondir le pécule ; elle tressait nos chapeaux de paille, plissait nos souliers de bœuf, entretenait son jardin, fabriquait son savon, voyait à la basse-cour, trayait les vaches, et les jours de presse, elle trouvait encore le temps d'aller donner un coup de main aux travaux des champs. Un soir qu'après l'école je m'en allais chercher les vaches, je me souviens d'avoir vu ma mère sur un haut mulon de grain, en plein champ. La fourche à la main, elle servait la batteuse. Oui, race de braves gens, dont la race paraît éteinte, et qui se proposait bien de ne pas faire de nous des mauviettes. Religion non de paroles que celle de notre foyer, mais religion en action. »
Chanoine Lionel Groulx.
Notre père n'était pas seulement un agriculteur ; c'était aussi un artisan. Il travaillait le bois, le cuir, le fer. Rien des instruments de la ferme ne se fabriquait ailleurs que dans l'atelier familial. Notre mère boulangeait, cousait, tricotait, tissait, blanchissait. Elle faisait tous nos habits, en tissait au métier une bonne part ; elle trouvait même le temps de tisser de la catalogne pour les autres, pour arrondir le pécule ; elle tressait nos chapeaux de paille, plissait nos souliers de bœuf, entretenait son jardin, fabriquait son savon, voyait à la basse-cour, trayait les vaches, et les jours de presse, elle trouvait encore le temps d'aller donner un coup de main aux travaux des champs. Un soir qu'après l'école je m'en allais chercher les vaches, je me souviens d'avoir vu ma mère sur un haut mulon de grain, en plein champ. La fourche à la main, elle servait la batteuse. Oui, race de braves gens, dont la race paraît éteinte, et qui se proposait bien de ne pas faire de nous des mauviettes. Religion non de paroles que celle de notre foyer, mais religion en action. »
Chanoine Lionel Groulx.
samedi 1 janvier 2011
Militants identitaires, nationalistes, écologistes authentiques, paysans...Demain face au système : haut les fourches !
Avec la défense des ethnies, des cultures et des valeurs européennes, l'écologie doit être au cœur même de nos préoccupations principales. En effet, protéger le sang si fragile de nos vieilles races d'Europe, nos traditions, notre patrimoine, notre air, notre eau, nos forêts, notre faune, n'est-ce pas défendre tout ce que nous sommes en tant que peuple enraciné sur un territoire ?
Evoquer la problématique de l'écologie, c'est d'abord et avant tout réfléchir à la place de l'homme sur la planète. Faut-il poursuivre la voie biblique, à savoir l'homme détaché d'une nature dont il se méfie et qu'il doit soumettre à ses impératifs («Allez et soumettez la nature » dit la Bible) ? Inutile de dire que cette «philosophie» du viol continu des lois de la nature va nous conduire à en payer le prix fort. Pour nous peuple des sources et des forêts ( et non du désert...), l'homme n'est qu'un élément parmi d'autres êtres vivant, et bien qu'il en soit probablement le plus doué, ne considérons pas que cela lui donne le droit d'éliminer les autres composantes du monde ou de porter atteinte à leur biotope. Complémentarité oui, supériorité, non !
Réfléchir aux problèmes écologiques nous obligent aussi à souhaiter une autre forme d'organisation de la société : une société alternative, tournant le dos au productivisme effréné, à la société de consommation sans foi ni loi et à toutes formes de matérialisme, qu'il soit de forme capitaliste-libéral (où l'on pollue pour produire vite et à moindre coût en vue de réaliser un profit maximal) ou marxiste (où l'on pollue pour respecter au mieux les impératifs de la planification).
Reconstruire une Europe Paysanne et rurale, repenser l'équilibre démographique et économique du territoire ? Nous ne pourrons encore bien longtemps esquiver ces questions.
Il est donc aujourd'hui plus que jamais temps de revivifier notre agriculture qui se meurt et s'industrialise en retrouvant une agriculture saine et faite dans le respect de la terre, et il doit en être de même pour tous les «moyens de production». Nous sommes les fils et les filles de la terre, et on ne tue pas sa propre mère !
Evoquer la problématique de l'écologie, c'est d'abord et avant tout réfléchir à la place de l'homme sur la planète. Faut-il poursuivre la voie biblique, à savoir l'homme détaché d'une nature dont il se méfie et qu'il doit soumettre à ses impératifs («Allez et soumettez la nature » dit la Bible) ? Inutile de dire que cette «philosophie» du viol continu des lois de la nature va nous conduire à en payer le prix fort. Pour nous peuple des sources et des forêts ( et non du désert...), l'homme n'est qu'un élément parmi d'autres êtres vivant, et bien qu'il en soit probablement le plus doué, ne considérons pas que cela lui donne le droit d'éliminer les autres composantes du monde ou de porter atteinte à leur biotope. Complémentarité oui, supériorité, non !
Réfléchir aux problèmes écologiques nous obligent aussi à souhaiter une autre forme d'organisation de la société : une société alternative, tournant le dos au productivisme effréné, à la société de consommation sans foi ni loi et à toutes formes de matérialisme, qu'il soit de forme capitaliste-libéral (où l'on pollue pour produire vite et à moindre coût en vue de réaliser un profit maximal) ou marxiste (où l'on pollue pour respecter au mieux les impératifs de la planification).
Reconstruire une Europe Paysanne et rurale, repenser l'équilibre démographique et économique du territoire ? Nous ne pourrons encore bien longtemps esquiver ces questions.
Il est donc aujourd'hui plus que jamais temps de revivifier notre agriculture qui se meurt et s'industrialise en retrouvant une agriculture saine et faite dans le respect de la terre, et il doit en être de même pour tous les «moyens de production». Nous sommes les fils et les filles de la terre, et on ne tue pas sa propre mère !
samedi 11 décembre 2010
Hermann Löns : sous le signe de la rune du loup.
Les livres d’Hermann Löns font partie de cette réaction intense contre le vide spirituel issu de l’industrialisation, de la vie dans les grandes villes, du matérialisme culturel et économique. Cette réaction a démarré vers 1890 en Allemagne et s’est poursuivie dans les années 1920.
Qualifié hâtivement de völkisch, ce mouvement d’origine paysanne fut plus exactement défini par Armin Mohler sous le terme de Landsvolkbewegung (mouvement paysan). Hermann Löns peut être considéré comme très proche de ce mouvement. Alors qu’à présent, les barbares sont à nos portes et que les campagnes n’ont jamais été aussi désertées et les villes aussi tentaculaires et tentatrices, il est bon de lire et relire cet auteur malheureusement méconnu en France.
Hermann Löns est né le 29 août 1866 à Kulm en Prusse occidentale sur les bords de la Vistule. Bon élève, il était passionné par la nature et tout particulièrement par les oiseaux. Il écrivit à l’âge de 16 ans un article sur Les oiseaux locaux, dénombrant et listant plus de 130 espèces. C’est durant ces années que Löns a développé ses talents d’observateur minutieux qui allaient lui être fort utiles dans ses récits de chasse et de nature. L’année 1884 vit son installation à Münster près de la maison de ses grands-parents, ce qui lui donna l’opportunité de renouer avec l’histoire de sa famille et lui conféra un sentiment d'appartenance à une lignée, sentiment qui n’allait plus le quitter.
Après des études en médecine puis en biologie, il s’installa à Hanovre en 1892 comme reporter. La position centrale de Hanovre fut un bienfait pour lui : en effet cette ville est proche de différentes sortes de paysages qui allaient s’avérer fascinants pour Löns : Harz, Suntel et surtout la lande du Lüneburg. Il travailla pour le Hannoversche Anzeiger et s’y fit un nom grâce à sa rubrique « les discussions du dimanche » dans laquelle il traitait avec un ton incisif et en usant de différents pseudonymes, de nombreux sujets locaux. Il se chargea ensuite de l’éditorial et des rubriques littéraires du journal et édita Niedersachsen, journal consacré au folklore et à l’histoire locale. Il publia Mein goldenes Buch (Mon livre doré), un recueil de poésies contenant des descriptions fort vivantes de scènes de chasse et de paysages naturels. Chasseur-poète et proche des animaux, il a toujours plus été plus intéressé par l’environnement de la chasse et son processus que par le fait de tuer une bête.
Il publia en 1907 un livre de nouvelles prenant place dans la lande de Lüneburg intitulé Mein braunes Buch (Mon livre brun). L’une de ces nouvelles : Der Rote Beeke (Le Ruisseau rouge), fut remarquée et fit l’objet d’une édition séparée et illustrée. Le ruisseau en question est composé des flots de sang déversé par les corps des chefs païens saxons ne voulant pas se convertir au christianisme et massacrés à Verden par Charlemagne et ses Francs. Cette nouvelle fut saluée par la critique littéraire de l’époque et valut à Löns le surnom de « poète de la lande ». L’Histoire des Saxons et des Germains intéressa Löns de plus en plus et l’influença considérablement. Il adopta à cette époque les anciens noms germains des mois, bien plus symboliques et liés au cycle naturel des saisons que les noms d’origine latine. Il adopta comme symbole personnel la Wolfsangel (rune du loup), utilisée par des générations de paysans de Basse-Saxe. Celle de Löns avait la forme d’un N renversé barré d’un trait vertical en son milieu. Bon nombre d’éditions de son roman Der Wehrwolf firent figurer en couverture des runes liées (Sowilo et Wolfsangel), ou des svastikas, les paysans de ce roman utilisent d’ailleurs la rune du loup comme signature dans leurs activités.
Löns devint un ardent défenseur des beautés naturelles de sa région et lutta pour l’établissement de parcs naturels afin de préserver des pans entiers de forêt de l’action néfaste de l'homme. Dans ses articles, il appelait autant à la conservation de la nature que celle des traditions, du folklore, des monuments et de la culture. Mein Blaues Buch (Mon livre bleu), publié en 1909, comprenait des poèmes à tonalité écologique et des ballades faisant référence à l’histoire germanique préchrétienne. Plus accessibles, les poèmes de Der Kleine Rosegarten (Le Petit jardin des roses) devinrent très populaires, certains furent même utilisés comme textes de chansons folk. Notons que bien plus tard, en 1932, un film sur la vie des habitants de la lande, Grün ist die Heide (Verte est la lande), intitulé comme le poème de Löns qui fut transformé par Karl Blume en chanson populaire (et que l’on entend dans le film), s’inspirera pauvrement des nouvelles et poèmes de Löns.
De 1907 à 1911 Löns vécut à Bückeburg, petit village de campagne, loin de la frénésie de Hanovre. C’est là qu’il écrivit son roman le plus célèbre (400.000 exemplaires vendus), le seul traduit en français (brillamment par Jean-Paul Allard) à ce jour : Der Wehrwolf. L’histoire se passe durant la Guerre de Trente Ans et met des fermiers saxons aux prises avec des maraudeurs suédois et autres éléments douteux voulant profiter du chaos instauré par la guerre pour piller la lande. Le titre jeu de mots du roman est révélateur, le Wehrwolf est un loup-garou et le verbe Wehren signifie « défendre ». Les paysans deviennent donc pour survivre des hommes-loups, des Wehrwolfe, utilisant une sauvagerie à la mesure de la violence de leurs assaillants et justifiée par la défense de leur clan. Ernst Jünger à la lecture de ce roman déclara y avoir retrouvé l’esprit des anciennes sagas.
Bien que fort malade et affaibli, Löns fit tout de même paraître un Mein buntes Buch (Mon livre coloré) et une chronique de village : Die Haüser von Ohlendorf (Les Maisons d’Ohlendorf). Il avait encore beaucoup de projets en tête, comme en attestaient ses dernières lettres, notamment un livre historique décrivant le combat épique qui opposa Widukind à Charlemagne ainsi qu’un roman intitulé L’Antéchrist, mais il n’eut pas le temps de le concrétiser. Sur sa demande, il partit au front le 24 août 1914 dans le 73ème régiment d’infanterie. Son journal intime n’est pas sans rappeler les livres écrits par Jünger sur la même époque : description d’une guerre mécanisée et industrielle, laissant peu de place à l’héroïsme individuel.
Il fut tué près de Reims en Champagne le 26 septembre 1914. Ses restes retrouvés par un paysan furent identifiés grâce à son matricule en 1933 et le nom de Löns fut donné à un espace naturel protégé de Würzburg. Hermann Löns fit l’objet d’un enterrement militaire près de Fallingbostel dans sa tant aimée lande lunebourgeoise.
Léopold Kessler, Réfléchir & Agir n°20, été 2005.
Qualifié hâtivement de völkisch, ce mouvement d’origine paysanne fut plus exactement défini par Armin Mohler sous le terme de Landsvolkbewegung (mouvement paysan). Hermann Löns peut être considéré comme très proche de ce mouvement. Alors qu’à présent, les barbares sont à nos portes et que les campagnes n’ont jamais été aussi désertées et les villes aussi tentaculaires et tentatrices, il est bon de lire et relire cet auteur malheureusement méconnu en France.
Hermann Löns est né le 29 août 1866 à Kulm en Prusse occidentale sur les bords de la Vistule. Bon élève, il était passionné par la nature et tout particulièrement par les oiseaux. Il écrivit à l’âge de 16 ans un article sur Les oiseaux locaux, dénombrant et listant plus de 130 espèces. C’est durant ces années que Löns a développé ses talents d’observateur minutieux qui allaient lui être fort utiles dans ses récits de chasse et de nature. L’année 1884 vit son installation à Münster près de la maison de ses grands-parents, ce qui lui donna l’opportunité de renouer avec l’histoire de sa famille et lui conféra un sentiment d'appartenance à une lignée, sentiment qui n’allait plus le quitter.
Après des études en médecine puis en biologie, il s’installa à Hanovre en 1892 comme reporter. La position centrale de Hanovre fut un bienfait pour lui : en effet cette ville est proche de différentes sortes de paysages qui allaient s’avérer fascinants pour Löns : Harz, Suntel et surtout la lande du Lüneburg. Il travailla pour le Hannoversche Anzeiger et s’y fit un nom grâce à sa rubrique « les discussions du dimanche » dans laquelle il traitait avec un ton incisif et en usant de différents pseudonymes, de nombreux sujets locaux. Il se chargea ensuite de l’éditorial et des rubriques littéraires du journal et édita Niedersachsen, journal consacré au folklore et à l’histoire locale. Il publia Mein goldenes Buch (Mon livre doré), un recueil de poésies contenant des descriptions fort vivantes de scènes de chasse et de paysages naturels. Chasseur-poète et proche des animaux, il a toujours plus été plus intéressé par l’environnement de la chasse et son processus que par le fait de tuer une bête.
Il publia en 1907 un livre de nouvelles prenant place dans la lande de Lüneburg intitulé Mein braunes Buch (Mon livre brun). L’une de ces nouvelles : Der Rote Beeke (Le Ruisseau rouge), fut remarquée et fit l’objet d’une édition séparée et illustrée. Le ruisseau en question est composé des flots de sang déversé par les corps des chefs païens saxons ne voulant pas se convertir au christianisme et massacrés à Verden par Charlemagne et ses Francs. Cette nouvelle fut saluée par la critique littéraire de l’époque et valut à Löns le surnom de « poète de la lande ». L’Histoire des Saxons et des Germains intéressa Löns de plus en plus et l’influença considérablement. Il adopta à cette époque les anciens noms germains des mois, bien plus symboliques et liés au cycle naturel des saisons que les noms d’origine latine. Il adopta comme symbole personnel la Wolfsangel (rune du loup), utilisée par des générations de paysans de Basse-Saxe. Celle de Löns avait la forme d’un N renversé barré d’un trait vertical en son milieu. Bon nombre d’éditions de son roman Der Wehrwolf firent figurer en couverture des runes liées (Sowilo et Wolfsangel), ou des svastikas, les paysans de ce roman utilisent d’ailleurs la rune du loup comme signature dans leurs activités.
Löns devint un ardent défenseur des beautés naturelles de sa région et lutta pour l’établissement de parcs naturels afin de préserver des pans entiers de forêt de l’action néfaste de l'homme. Dans ses articles, il appelait autant à la conservation de la nature que celle des traditions, du folklore, des monuments et de la culture. Mein Blaues Buch (Mon livre bleu), publié en 1909, comprenait des poèmes à tonalité écologique et des ballades faisant référence à l’histoire germanique préchrétienne. Plus accessibles, les poèmes de Der Kleine Rosegarten (Le Petit jardin des roses) devinrent très populaires, certains furent même utilisés comme textes de chansons folk. Notons que bien plus tard, en 1932, un film sur la vie des habitants de la lande, Grün ist die Heide (Verte est la lande), intitulé comme le poème de Löns qui fut transformé par Karl Blume en chanson populaire (et que l’on entend dans le film), s’inspirera pauvrement des nouvelles et poèmes de Löns.
De 1907 à 1911 Löns vécut à Bückeburg, petit village de campagne, loin de la frénésie de Hanovre. C’est là qu’il écrivit son roman le plus célèbre (400.000 exemplaires vendus), le seul traduit en français (brillamment par Jean-Paul Allard) à ce jour : Der Wehrwolf. L’histoire se passe durant la Guerre de Trente Ans et met des fermiers saxons aux prises avec des maraudeurs suédois et autres éléments douteux voulant profiter du chaos instauré par la guerre pour piller la lande. Le titre jeu de mots du roman est révélateur, le Wehrwolf est un loup-garou et le verbe Wehren signifie « défendre ». Les paysans deviennent donc pour survivre des hommes-loups, des Wehrwolfe, utilisant une sauvagerie à la mesure de la violence de leurs assaillants et justifiée par la défense de leur clan. Ernst Jünger à la lecture de ce roman déclara y avoir retrouvé l’esprit des anciennes sagas.
Bien que fort malade et affaibli, Löns fit tout de même paraître un Mein buntes Buch (Mon livre coloré) et une chronique de village : Die Haüser von Ohlendorf (Les Maisons d’Ohlendorf). Il avait encore beaucoup de projets en tête, comme en attestaient ses dernières lettres, notamment un livre historique décrivant le combat épique qui opposa Widukind à Charlemagne ainsi qu’un roman intitulé L’Antéchrist, mais il n’eut pas le temps de le concrétiser. Sur sa demande, il partit au front le 24 août 1914 dans le 73ème régiment d’infanterie. Son journal intime n’est pas sans rappeler les livres écrits par Jünger sur la même époque : description d’une guerre mécanisée et industrielle, laissant peu de place à l’héroïsme individuel.
Il fut tué près de Reims en Champagne le 26 septembre 1914. Ses restes retrouvés par un paysan furent identifiés grâce à son matricule en 1933 et le nom de Löns fut donné à un espace naturel protégé de Würzburg. Hermann Löns fit l’objet d’un enterrement militaire près de Fallingbostel dans sa tant aimée lande lunebourgeoise.
Léopold Kessler, Réfléchir & Agir n°20, été 2005.
lundi 8 novembre 2010
Les Artamanen, la communauté agricole des gardiens du pays.
Les Artamanen furent en Allemagne, durant la République de Weimar, une ligue de jeunes issus du mouvement Wandervogel. Par le biais du travail agricole, ses membres voulaient jeter les bases d'une nouvelle communauté.
L'émergence du mouvement des Artamanen trouve son origine, au début des années 1920, quand, dans les cercles nationalistes allemands, de plus en plus de voix réclament l'introduction d'un service général du travail obligatoire. En même temps, on constatait que dans certains cantons de l'Est de l'Allemagne, une minorité germanique se trouvait en face d'une majorité étrangère, essentiellement polonaise. Ce déséquilibre ethnique était dû principalement au fait que les gros propriétaires terriens allemands faisaient systématiquement appel à des travailleurs agricoles saisonniers d'origine polonaise.
A la fin de l'année 1923, et au début de 1924, des appels furent lancés dans diverses publications. On demanda aux jeunes de fonder des communautés de volontaires du travail pour reprendre les tâches habituellement dévolues aux ouvriers agricoles étrangers. La constitution de ces communautés de travail était considérée comme un service volontaire au bénéfice du peuple allemand tout entier, comme un exemple par l'action et comme une possibilité d'échapper à l'urbanisation fatidique et de freiner la colonisation polonaise des terres de l'Est. C'est à la suite de ces appels que le mouvement des Artamanen se constitua. Artam signifie «gardien du pays».
Mais les intentions des Artamanen allaient plus loin. Ils voulaient jeter les bases d'une nouvelle communauté populaire qui devait prendre forme d'abord dans les régions de l'Est. En revalorisant le travail agricole, la jeunesse retrouverait ainsi sa véritable destination et renouerait avec la vraie essence du peuple. En transplantant une partie de la jeunesse citadine dans les campagnes, on voulait créer une nouvelle caste paysanne, soutenue par une organisation populaire bien structurée.
De 1926 à 1934 L’Artam-Bund, c'est ainsi que le mouvement s'appellera à partir de 1926, noue les contacts nécessaires avec les propriétaires de grandes entreprises agricoles et avec les autorités. Il veille à ce que les contrats soient respectés et à ce que des logements décents soient disponibles. Dans le courant 1929, 2.300 Artamanen étaient actifs dans 270 grandes fermes. L’Artam-Bund était alors au sommet de son développement.
L'émergence du mouvement des Artamanen trouve son origine, au début des années 1920, quand, dans les cercles nationalistes allemands, de plus en plus de voix réclament l'introduction d'un service général du travail obligatoire. En même temps, on constatait que dans certains cantons de l'Est de l'Allemagne, une minorité germanique se trouvait en face d'une majorité étrangère, essentiellement polonaise. Ce déséquilibre ethnique était dû principalement au fait que les gros propriétaires terriens allemands faisaient systématiquement appel à des travailleurs agricoles saisonniers d'origine polonaise.
A la fin de l'année 1923, et au début de 1924, des appels furent lancés dans diverses publications. On demanda aux jeunes de fonder des communautés de volontaires du travail pour reprendre les tâches habituellement dévolues aux ouvriers agricoles étrangers. La constitution de ces communautés de travail était considérée comme un service volontaire au bénéfice du peuple allemand tout entier, comme un exemple par l'action et comme une possibilité d'échapper à l'urbanisation fatidique et de freiner la colonisation polonaise des terres de l'Est. C'est à la suite de ces appels que le mouvement des Artamanen se constitua. Artam signifie «gardien du pays».
Mais les intentions des Artamanen allaient plus loin. Ils voulaient jeter les bases d'une nouvelle communauté populaire qui devait prendre forme d'abord dans les régions de l'Est. En revalorisant le travail agricole, la jeunesse retrouverait ainsi sa véritable destination et renouerait avec la vraie essence du peuple. En transplantant une partie de la jeunesse citadine dans les campagnes, on voulait créer une nouvelle caste paysanne, soutenue par une organisation populaire bien structurée.
De 1926 à 1934 L’Artam-Bund, c'est ainsi que le mouvement s'appellera à partir de 1926, noue les contacts nécessaires avec les propriétaires de grandes entreprises agricoles et avec les autorités. Il veille à ce que les contrats soient respectés et à ce que des logements décents soient disponibles. Dans le courant 1929, 2.300 Artamanen étaient actifs dans 270 grandes fermes. L’Artam-Bund était alors au sommet de son développement.
lundi 4 octobre 2010
Henri Vincenot "La Billebaude".
Premièrement, la jeunesse d'aujourd'hui aurait tort de s'imaginer que tout le monde, jadis,mourait de sous-développement à 45 ans, comme les astuces de la statistique tendent à la faire croire aujourd'hui.
Secondement, que le genre de vie absolument primitif et aussi peu hygiénique que possible qu'avaient mené ces vieilles gens, ne conduisait qu'à la déchéance, tant morale que physique. Mes vieux et mes vieilles avaient tous moissonné à la grande faucille, et la plupart se soutenaient encore chaque jour d'un bon bol de trempusse au ratafia, dont je me repentirais de ne pas donner ici la recette : verser un quart de litre de ratafia dans un bol, y tremper de grosses mouillettes de pain frais ou rassis selon les goûts, et manger les mouillettes. Comme on voit, cela n'est pas boire, puisque l'on se contente de manger le pain et que c'est lui qui a tout bu. Quand au ratafia, mon grand-père disait : c'est la boisson la plus saine qu'on puisse imaginer car on la fait en versant un quart de marc à 55° dans trois quarts de litre de jus de raisin frais. Le jus de raisin ainsi traité se conservait indéfiniment en se bonifiant, bien entendu.
Pour lors, tous ces vieux vivaient au domicile de l'un de leurs enfants qui, selon l'expression consacrée, les avaient « en pension ». Cela signifiait que celui de leurs enfants qui les hébergeait recevait de ses frères et soeurs une petite somme d'argent fixée à l'amiable.Cette pension était en réalité très faible car les vieillards étaient considérés comme précieuse main d'oeuvre et de ce fait, dédommageaient en partie l'enfant qui les accueillait.
Mes arrière-grand-mères tricotaient et reprisaient toutes les chaussettes, ravaudaient le linge, récoltaient les simples, donnaient la main aux quatre lessives de l'année, s'occupaient des couvées et assuraient la permanence de la prière. Mes arrière-grand-pères faisaient et réparaient toute la vannerie et la sacherie de la maison, remmanchaient les outils, aiguisaient les lames, régnaient sur le bûcher et avec les jeunes garçons, mes cousins et moi, approvisionnaient les feux.
Si je vous raconte cela, c'est pour vous montrer comment étaient alors réglés ce qu'on appelle maintenant les « Problèmes du troisième âge ». On peut avoir intérêt à méditer là-dessus, en notre grandiose époque qui pratique si délibérément l'abandon officiel des enfants et des vieillards, tout en leur consacrant par ailleurs tant d'articles exhaustifs dans la presse, tant de discours à la tribune et tant de crédits pour réaliser à leur égard la ségrégation des âges avec les crèches, les écoles enfantines, les asiles et les maisons de retraite. Pour parler clair, je dirai qu'il n'y avait pas de « problème de l'enfance » ni du « troisième âge » parce que la famille assumait alors toutes ses responsabilités.
Secondement, que le genre de vie absolument primitif et aussi peu hygiénique que possible qu'avaient mené ces vieilles gens, ne conduisait qu'à la déchéance, tant morale que physique. Mes vieux et mes vieilles avaient tous moissonné à la grande faucille, et la plupart se soutenaient encore chaque jour d'un bon bol de trempusse au ratafia, dont je me repentirais de ne pas donner ici la recette : verser un quart de litre de ratafia dans un bol, y tremper de grosses mouillettes de pain frais ou rassis selon les goûts, et manger les mouillettes. Comme on voit, cela n'est pas boire, puisque l'on se contente de manger le pain et que c'est lui qui a tout bu. Quand au ratafia, mon grand-père disait : c'est la boisson la plus saine qu'on puisse imaginer car on la fait en versant un quart de marc à 55° dans trois quarts de litre de jus de raisin frais. Le jus de raisin ainsi traité se conservait indéfiniment en se bonifiant, bien entendu.
Pour lors, tous ces vieux vivaient au domicile de l'un de leurs enfants qui, selon l'expression consacrée, les avaient « en pension ». Cela signifiait que celui de leurs enfants qui les hébergeait recevait de ses frères et soeurs une petite somme d'argent fixée à l'amiable.Cette pension était en réalité très faible car les vieillards étaient considérés comme précieuse main d'oeuvre et de ce fait, dédommageaient en partie l'enfant qui les accueillait.
Mes arrière-grand-mères tricotaient et reprisaient toutes les chaussettes, ravaudaient le linge, récoltaient les simples, donnaient la main aux quatre lessives de l'année, s'occupaient des couvées et assuraient la permanence de la prière. Mes arrière-grand-pères faisaient et réparaient toute la vannerie et la sacherie de la maison, remmanchaient les outils, aiguisaient les lames, régnaient sur le bûcher et avec les jeunes garçons, mes cousins et moi, approvisionnaient les feux.
Si je vous raconte cela, c'est pour vous montrer comment étaient alors réglés ce qu'on appelle maintenant les « Problèmes du troisième âge ». On peut avoir intérêt à méditer là-dessus, en notre grandiose époque qui pratique si délibérément l'abandon officiel des enfants et des vieillards, tout en leur consacrant par ailleurs tant d'articles exhaustifs dans la presse, tant de discours à la tribune et tant de crédits pour réaliser à leur égard la ségrégation des âges avec les crèches, les écoles enfantines, les asiles et les maisons de retraite. Pour parler clair, je dirai qu'il n'y avait pas de « problème de l'enfance » ni du « troisième âge » parce que la famille assumait alors toutes ses responsabilités.














