mercredi 25 août 2010

La tentation du dégoût.

Le monde qui s’offre à nos jeunes énergies, moins vigoureuses, hélas, que celles de nos pères mais toujours bien présentes et généreusement affamées, et à nos espérances un peu ternies par l’abaissement général de l’homme mais encore suffisamment intenses pour être douloureuses, ne nous plaît pas. Plus encore, il nous accable.
Et ce sentiment d’horreur face au monde moderne est d’autant plus violent que nous ne pouvons échapper à la conscience aiguë de notre complicité si ce n’est à son avènement tout du moins à sa prorogation.

Ainsi nous souffrons autant de la laideur de la société occidentale post-moderne, de sa vanité, de sa virtualité, de sa lâcheté et de son injustice grandissante que de notre faiblesse face à elle, de la timidité de nos rébellions contre son joug et de la relativité de notre volonté d’abattre et de détruire ce système pour le confort duquel nous avons trop souvent de coupables complaisances.

En fait nous sommes écrasés par la double vision du triomphe de l’esprit mercantile et bourgeois dans toutes les strates constitutives de nos peuples et de nos institutions et de sa lente mais continue insinuation au cœur même de nos âmes que nous rêvions altières, pures et impénétrables aux poisons de l’époque.

Face à ce diptyque décadent, externe et interne, la tentation du dégoût est grande.
Dégoût de son environnement et dégoût de soi qui mène au réconfort facile du cynisme et du nihilisme, oripeaux élimés et nauséabonds de tous les pseudo nouveaux dandys, figurants grimaçants et inutiles du grand suicide civilisationnel.

Le mépris de sa propre faiblesse, la honte de ce que l’on risque de devenir, l’observation attentive de ses défauts et de ses manques et la comparaison écrasante avec les aïeux, s’ils sont des passages obligés donnant la force de l’action, deviennent les pires lâchetés lorsqu’ils se transforment en un état permanent dans lequel chacun se complaît paresseusement, se nourrissant avec gourmandise des délices de la plainte et du gémissement perpétuels.

La lucidité du regard et l’acuité du constat seront des circonstances férocement aggravantes lors du jugement dernier si elles n’ont pas été mises au service d’une volonté agissante, d’une tension vers le changement, d’un désir de cohérence chaque jour mis en pratique et de la construction progressive, si ardue et chaotique soit-elle, d’une existence en rupture avec ses exécrations proclamées et offrant l’image d’une véritable et concrète alternative.
Car rien n’est impossible, rien n’est définitif, dans l’ordre terrestre, tant que l’on n’a pas tout essayé.
Le passage du discours à l’acte est évidemment difficile et hasardeux mais lui seul compte.

A nous d’accomplir, dans nos cœurs, nos âmes, nos modes de vie, nos représentations, nos ambitions, nos habitudes, ces innombrables petites révolutions qui mèneront inexorablement à la grande.

3 commentaires:

Eisbär a dit…

Le 02 septembre de l'an de grâce 2010...

VENEZ AVEC MOI !

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Kraxpelax a dit…

Voici ma nouvelle blogue poéthique...

Poésie étrangère

Et, toujours :

Sur le pont d'Avignon. Le coup frappa l'enfant à la mâchoire. Il resta debout. Souriant. Le tireur: rien. Le fusil: aucun. Et il y avait cette aube et ce soir pleins des expectations les plus brillantes.

Poétudes

S'il vous plait...

- Peter Ingestad, Sverige

Lesteph a dit…

société d'enfants rois, héritiers riches de notre histoire, exploitant pour jouir au jour le jour d'un patrimoine pour lequel ils n'ont versé ni sang, ni larmes, ni sueur...

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